L'âge doré des "tempes grises" s'est achevé depuis trois ans en France et 600.000 personnes âgées vivent aujourd'hui en dessous du seuil européen de pauvreté, s'alarme la Fondation Abbé Pierre. Lire la suite l'article
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Dans son rapport annuel, l'association estime que les politiques publiques n'ont pas pris la mesure de ce phénomène qui ne peut qu'accroître les inégalités et appelle à des solutions innovantes en particulier dans le domaine du logement.
Après 30 ans d'élévation du niveau de vie des retraités, "la parenthèse heureuse s'est refermée depuis trois ans", affirme Patrick Doutreligne, délégué général de la Fondation.
Il souligne que 600.000 personnes vivent aujourd'hui avec une allocation de solidarité de 628 euros mensuels, soit en dessous du seuil de pauvreté selon la norme européenne (752 euros).
Patrick Doutreligne, qui espère être entendu du gouvernement, souligne comme de nombreux responsables d'associations que le phénomène s'est amplifié depuis septembre avec la crise financière et sociale.
"On voit les premières barques de personnes âgées et ça va s'amplifier", assure-t-il.
Il cite l'exemple de personnes âgées allant au-devant des maraudes d'aide aux sans-abris pour réclamer des fruits ou des produits alimentaires.
"Depuis quelques années, on voit des retraités toquer à la porte des associations (caritatives). Il y a un mouvement massif", renchérit Christophe Robert, directeur des études de la fondation.
Pour Patrick Doutreligne, le vieillissement de la population "ne semble pas pris en compte par les pouvoirs publics."
Le responsable de la fondation remet en cause l'idée développée par le président Nicolas Sarkozy selon lequel le fait d'être propriétaire serait un bouclier contre la précarité et compenserait les problèmes de retraite.
En effet, 84% des ménages âgés pauvres sont propriétaires mais ce statut est paradoxalement "une source de difficultés" en raison des problèmes qu'ils rencontrent pour en payer l'entretien et les charges, souligne-t-il.
Les responsables de l'association insistent sur un autre phénomène, le nombre croissant de retraités demandant à loger dans les logements sociaux, ce qui engendre de nombreux problèmes.
L'arrivée de personnes âgées freine en effet la mobilité dans le parc HLM et les logements sont souvent inadaptés. Entre 1990 et 1999, la part des locataires de 75 ans et plus a progressé de 33%.
Le rapport souligne également l'impact négatif qu'aura le passage à la retraite pour les travailleurs migrants âgés qui n'ont pas d'autre choix que de rester dans des foyers inadaptés et les personnes vivant dans des logements insalubres.
Selon Patrick Doutreligne, la réforme des retraites, l'explosion du prix de l'immobilier et des loyers depuis dix ans, à peine compensée par un début de baisse, et le fait d'avoir "aidé les familles aisées", et non les plus modestes, ne peuvent qu'aggraver la situation.
"Alors qu'on pouvait espérer des politiques publiques qu'elles cherchent à atténuer la disparité de revenu, les réflexions en cours font craindre le contraire", souligne le rapport.
Gérard Bon, édité par Yves Clarisse

