Ibrahim Tariket a comparu hier après-midi devant la cour d’appel de Paris, pour être jugé en deuxième instance pour un viol, requalifié en agression sexuelle, qu’il aurait commis en mars 2009 à l’hôpital Bichat (Paris XVIIIe), où il exerce comme infirmier.
En octobre, le tribunal correctionnel de Paris l’a condamné à cinq ans de prison ferme. Alors qu’il avait rejoint la maison d’arrêt de Fleuris-Mérogis (Essonne), son avocat, le ténor Jean-Marc Fédida, est parvenu à obtenir sa remise en liberté en attendant ce procès en appel.
Hier, les magistrats ont évoqué d’autres incidents troublants, avec des témoignages qui peuvent aller dans le sens de la culpabilité de l’élu local. Mais à la barre, Ibrahim Tariket est resté inflexible. Dépeint comme « grande gueule » par ses collègues, le prévenu ne s’est pas répandu en démonstrations. « Ce n’est pas moi »et « Je n’ai pas touché cette femme » sont les seules phrases qu’il prononce.
Prédateur sexuel ou victime d’une erreur judiciaire?
Pour les avocates de la partie civile, la version de la victime — qui n’était pas à l’audience — ne souffre pas de contestation : « Elle se sent coupable, mais la culpabilité doit changer de camp. Tout ceci a détruit sa vie et elle ne pourra pas se reconstruire avant une condamnation. » « Tout converge de façon claire, absolue, vers vous. La victime est trop précise, trop esquintée pour affabuler », assène l’avocat général en demandant la confirmation de la peine prononcée en première instance.
La personnalité de la victime est l’un des angles d’attaque de l’avocat de la défense : Me Fedida estime que sa parole est sujette à caution. La jeune femme a été violée à l’âge de 13 ans par un cousin et en est logiquement restée traumatisée. « Elle souffre de dysfonctionnement de la personnalité à cause des drogues, des psychotropes qu’elle prenait. Il y avait aussi les douze heures de décalage horaire, les substances qu’on lui avait administrées avant son opération du cœur, détaille Me Fedida. Après ses premières déclarations accusant M. Tariket, elle a été obligée de continuer dans ce sens. » Et l’avocat d’appuyer : « Ce soir-là, il était impossible qu’Ibrahim Tariket ait agressé la patiente dans un service sous haute surveillance, à savoir les soins intensifs, et alors que sa collègue ne le quittait jamais. Ce dossier est vide. » Et d’enfoncer le clou en demandant la relaxe. Le délibéré sera rendu le 22 mars.