Pour la première fois, l'organisation qui se désigne commeÉtat islamique menace nommément les Français. Dans un message audio diffusé lundi et repéré par le groupe de surveillance SITE, l'organisation terroriste appelle ses sympathisants à tuer tout «infidèle» américain, européen -particulièrement les «méchants et sales Français»-, australien, canadien, «ou tout citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l'État islamique.» Le message va dans les détails. «Si vous ne pouvez pas trouver d'engin explosif ou de munition, alors isolez l'Américain infidèle, le Français infidèle, ou n'importe lequel de ses alliés. Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d'un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le», poursuit-t-il.
Menace à prendre «très au sérieux»
«Ce message n'est pas surprenant», commente Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l'Institut français des relations internationales (IFRI). C'est une conséquence «logique» de laconférence pour la paix organisée à Paris, et des frappes aériennes menées par le France en Irak. Mais les implications stratégiques de cet appel sont inédites. «Jusqu'à maintenant, l'organisation terroriste était dans une logique régionaliste, avec un rayon d'action circonscrit à l'Irak et la Syrie. Elle renoue désormais avec le djihad international, et la notion d'ennemi lointain, traditionnellement représenté par al-Qaïda.»
Compte-tenu du nombre important -près de 1000- de ressortissants français engagés aux côtés des djihadistes en Irak ou en Syrie, la menace est à prendre «très au sérieux», estime Denis Bauchard. Un point de vue partagé par Myriam Benraad, chercheuse associée au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) à Science Po: «Il y a clairement des sympathisants de l'État islamique sur le sol français. Les actions à la Merah ou à la Mennouche sont ouvertement encouragées.» La France a anticipé le regain de menace terroriste. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a demandé vendredi aux préfets «d'élever le niveau de vigilance» des forces de sécurité intérieure, notamment vis-à-vis «des édifices sensibles» ou à l'occasion de rassemblement religieux, sportifs ou culturels.»
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