Mercredi 30 mai 2012
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Sauve qui |
Sauve qui peut ! L'Europe
prend l'eau... Montez dans le canot de sauvetage
Cécile Chevré
Cher lecteur,
Il y a les
naufrages rapides. Ceux qui vous laissent à peine le temps de dire ouf, de
récupérer vos affaires les plus importantes – ou celles auxquelles vous tenez le
plus – de prendre femme et enfants sous le bras et de sauter dans le canot de
sauvetage.
Et il y a les
naufrages qui n'en finissent pas. Quand la voie de mer est étroite, mais que la
disparition est inéluctable. L'eau s'infiltre dans les cales du navire, mais si
lentement que, passé le premier moment de panique, plus personne ne s'inquiète
vraiment. L'eau monte, d'accord, mais comme le bateau n'a toujours pas sombré...
cela devrait bien se passer.
Pas besoin de
longues explications pour comprendre que cette comparaison s'applique à la zone
euro.
Chaque jour ou
presque voit l'eau monter d'un ou deux centimètres supplémentaires... sans que
l'ordre d'évacuation soit donné.
Voici le journal de
bord du capitaine :
Les rats
quittent le navire...
Et quand je dis rats, je pense aux capitaux.
Les investisseurs fuient les pays périphériques de la zone euro (Grèce,
Portugal, Italie, Irlande, Espagne...) pour se réfugier dans les bras de
l'Allemagne... et même de la France.
La semaine
dernière, l'Allemagne a placé des obligations à 3 ans à rendement zéro. Signe
que les investisseurs préfèrent encore une fois la sécurité (illusoire) des
Bunds allemands à la rentabilité.
Conséquence de
cette émission obligataire à rendement nul, les obligations françaises et leur
rendement à 2,41% sur 10 ans (un plus-bas historique) ont suscité l'intérêt des
marchés. Les rendements de la dette française sont donc en baisse – puisque la
demande est plus élevée.
Il y a aussi
l'argent des particuliers... Ce bank run dont tout le monde parle
depuis quelques jours. En Grèce, c'est très loin d'être un phénomène
nouveau.
Mais les capitaux
fuient aussi la zone euro dans son ensemble.
"Récemment,
plusieurs dirigeants de grands fonds, et pas seulement anglo-saxons, ont
publiquement fait part de leur retraite partielle voire totale d'Europe. Le
gérant américain Merk, spécialisé dans les devises, a ainsi annoncé avoir cédé
l'intégralité des avoirs en euro de son fonds Merk Hard Currency, afin de
privilégier par exemple le dollar singapourien. D'autres, comme Amundi,
reconnaissent une extrême sélectivité, sans pour autant sortir des principaux
marchés européens, comme l'Allemagne, la France ou l'Italie", nous apprend
L'Agefi.
D'après le cabinet
Nomura, cité par le Financial Times, la différence entre les investissements
entrants en zone euro et les investissements sortants a atteint 35 milliards
d'euros en mars dernier. Principale raison à cela : les investisseurs européens
se sont précipités sur les investissements étrangers (à hauteur de 60 milliards
d'euros).
Les ports
qui pourraient servir de refuge se lancent dans le
protectionnisme
La situation de la zone euro inquiète, en
particulier ceux qui comme la Suisse voient les liquidités affluer, alors que
les investisseurs sont à la recherche d'une devise refuge.
Depuis plusieurs
mois déjà, la Banque nationale suisse (BNS) fait tout pour contrôler
l'appréciation de sa devise face à l'euro. Elle a déjà effectué des achats
massifs d'euros. En septembre dernier, la BNS a décidé d'intervenir en fixant un
objectif de parité entre le franc suisse et l'euro, autour de 1,20. Une mesure
qui n'avait pas été prise depuis les années 70 et qui est le signe de
l'inquiétude grandissante de la Suisse face au marasme de la monnaie
unique.
La Suisse envisage
aujourd'hui d'aller encore plus loin en instaurant un contrôle aux frontières
des capitaux.
L'équipage
refuse d'admettre la voie d'eau
Mais la principale source
d'inquiétude pour le navire euro est que les membres d'équipages refusent
d'admettre la catastrophe... et tout particulièrement l'Espagne.
Le gouvernement
espagnol multiplie les déclarations pour assurer qu'il n'aura aucun besoin de
l'aide de la Troïka (BCE, FMI et zone euro) pour financer la recapitalisation de
ses banques.
Celles-ci se sont
en effet vues fixer de nouveaux seuils de fonds propres destinés à assurer les
probables futures pertes sur nombre de leurs actifs immobiliers. Nous vous en avons parlé dans une précédente
Quotidienne. Pour satisfaire à ces règles, les banques espagnoles
peuvent soit lever des fonds (quand elles le peuvent) soit faire appel à l'aide
étatique, via le FROB.
Mais comment le
gouvernement espagnol pourra-t-il payer ? C'est la question que pose Philippe
Béchade dans La Chronique Agora :
"Tout le monde a
bien compris que ce conglomérat de caisses régionales moribondes rebaptisé
Bankia allait avoir besoin d'une recapitalisation massive. Il a tout d'abord été
question de 10 milliards d'euros, puis de 14 milliards en début de semaine
dernière — et enfin d'un total de 23,5 milliards d'euros (en comptant 4,5
milliards déjà versés) aux dernières nouvelles".
"Là, l'Etat
espagnol commence à avoir un vrai problème parce qu'il va devoir injecter 30
milliards d'euros supplémentaires à répartir — par ordre alphabétique — entre
Banco de Valencia, CatalunyaCaixa et NovacaixaGalicia qui sont également en
survie artificielle depuis deux ans".
"Depuis le sommet
de Bruxelles, Mario Rajoy s'efforce de convaincre les marchés que l'Espagne va
réussir le prodige d'engloutir 50 milliards d'euros dans son système bancaire...
sans alourdir la dette de son pays grâce à des injections de titres de dette
publique échangeables contre des liquidités auprès de la BCE".
"Sauf que
l'organisme chargé de doter les banques de ressources négociables — le FROB — ne
dispose que du dixième de la somme nécessaire (cinq milliards d'euros au lieu de
50). Cela implique que l'Espagne lève plusieurs dizaines de milliards d'euros de
liquidités au cours des prochains mois".
"A pratiquement
6,50% pour un refinancement à 10 ans, la situation devient intenable. Il ne
reste plus, pour sauver la situation, qu'une intervention massive de la BCE : un
appel à l'aide de Madrid adressé à Bruxelles ou au FMI serait interprété comme
le signe précurseur d'un scénario à la grecque".
Aujourd'hui, le
rendement espagnol à 10 ans est passé au-dessus des 7%. Quelques centimètres
d'eau de plus dans la cale du navire