PIRE QUE LA COLONISATION ? LA DECOLONISATION...
En Afrique noire, les crises politiques se suivent et se ressemblent. Dernière en date : celle qui est en train d’amener la République centrafricaine au bord du gouffre. Pour ceux de nos lecteurs qui souhaiteraient en savoir plus sur ce énième puzzle ethnique, le site de notre confrère Bernard Lugan – bernardlugan.blogspot.com – est évidemment à recommander.
Pour le reste, à l’heure où la France se débarrasse peu à peu de la « Françafrique », où, sur le continent sub-saharien, les Chinois achètent des terres vivrières à tours de bras, où services secrets américains et israéliens s’entendent pour nous chasser de notre ancien pré carré, même si les USA viennent de fermer leur ambassade à Bangui et que l’actuel président François Bozizé, arrivé au pouvoir par la force en 2003, est en train de se faire bousculer par la rébellion, quelques questions, non seulement se posent, mais s’imposent.
• Certains des rédacteurs de Boulevard Voltaire ont pu, en leur temps, défendre la colonisation européenne en Afrique noire, lorsqu’elle était bêtement attaquée dans les médias. Ce fut leur honneur, ce d’autant plus que, pour leurs contradicteurs, il s’agissait plus de pousser les Français à la repentance que d’aider ces peuples fraîchement indépendants. Mais un Bernard Lugan, ou l’auteur de ces lignes, on aussi été les mêmes, avec le recul, à estimer que si la colonisation fut un crime, hormis quelques épopées aussi altruistes que personnelles, la décolonisation fut bien pire, puisque faute politique.
• L’occasion aussi de tordre le cou à quelques légendes. Non, la France ne s’est pas enrichie avec ses colonies noires ; certaines grandes entreprises sûrement, mais pas le contribuable français. La route qu’on construisait en Côte d’Ivoire, c’était une route de moins pour La Tombe-Issoire. En revanche, c’est aujourd’hui que des entreprises, de moins en moins françaises et de plus en plus internationales, se goinfrent sur la bête. Et c’est toujours aujourd’hui qu’il conviendrait de véritablement décoloniser l’Afrique et de lui remettre sa dette une bonne fois pour toutes, tel que demandé à l’Assemblée nationale par un certain Jean-Marie Le Pen, alors député et ce dès 1987.
• Si le colonialisme un brin condescendant des Pères blancs avait du sens, son actuel homologue ayant troqué les Saints Évangiles contre celui des Droits de l’homme est bien plus astreignant. Et mortifère. Car une élection, là-bas, n’est jamais rien d’autre qu’un recensement. Un peu comme si, en France, tous les Corses votaient Pasqua, les Auvergnats Giscard et les Corréziens Hollande. Bref, on exige de peuples n’ayant pas de culture démocratique – et après tout pourquoi pas, les rois zoulous et capétiens ont donné d’assez belles choses en leur temps, avant que le rouleau compresseur de la « modernité » ne nous pousse à l’uniformité. Soit, pour reprendre la sémantique d’une certaine gauche, toujours prompte à stigmatiser « la peur de l’autre », il ne serait pas incongru de rappeler à celle-ci que son « amour de l’autre » consiste avant tout à une sorte de racisme autocentré, consistant à aimer « l’autre » quand il tente de vous ressembler et à le rejeter dès lors qu’il refuse de vous singer.
Alors, intervenir en République centrafricaine ? Il serait sûrement plus pertinent de laisser l’Afrique aux Africains. De leur permettre de revenir sur les frontières ubuesques que nous avons délimitées à la va-vite, dans une fausse décolonisation mal pensée, afin que ces tracés, fort abstraits dans l’ancestrale culture locale, recoupent au moins des réalités ethniques et, parfois, religieuses. Bref, que nous puissions avoir enfin une véritable politique africaine. D’égal à égal.