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çà fait partit de leurs cultures

 

10/07/2012 à 17h:08 Par P. Airault, G. Dougueli, M. Groga-Bada
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Les grands féticheurs reçoivent des clients venus de partout pour une consultation. Les grands féticheurs reçoivent des clients  venus de partout pour une consultation. © AFP

Le recours aux forces de l'invisible se pratique dans la  plupart     des capitales subsahariennes. Tout est ensuite une question de      spécificités.

Bénin : Le pays du "çakatu"

Au Bénin, terre du vaudou, l'exercice     du pouvoir est très souvent marqué par un  compagnonnage avec les forces     occultes. Avant de rencontrer Jésus et de  découvrir la Bible, l'ancien     président Mathieu Kérékou a eu son marabout  durant les années 1990. Au     moment de son triomphe électoral en 1991, son  successeur, Nicéphore Soglo,     a été foudroyé par un çakatu (« mauvais  sort »). « Il souffrait le martyre     et avait l'impression qu'on lui  plantait des aiguilles dans le corps.     C'est alors que j'ai décidé d'appeler  à l'aide le ministre français de la     Défense, Pierre Joxe », se souvient  son fils, Lehady. Avion sanitaire de     l'armée française, court séjour à  l'hôpital parisien du Val-de-Grâce,     soins intensifs... Soglo a été remis  sur pied durant l'entre-deux-tours,     mais c'est en balbutiant et soutenu  physiquement par son épouse Rosine     qu'il a prêté serment. Il lui a fallu  plusieurs années pour s'en remettre.

Les médecins du Val-de-Grâce ont diagnostiqué un classique     « empoisonnement », selon un haut officier français de l'époque qui a     suivi ce dossier. « Mais au Bénin, cela ne fait pas l'ombre d'un doute,     cette attaque avait une dimension magique. Et malheur à celui qui      prétendrait le contraire », explique un proche de l'ancien président      béninois. Un tel épisode laisse des traces.

L'actuel chef de l'État,     l'évangélique Boni Yayi, toujours prompt à invoquer Dieu dans ses      discours, a « envoyé  des émissaires visiter les plus hautes divinités du     pays lors de son arrivée  au pouvoir en 2006 », assure un fin connaisseur     des us et coutumes du  palais de la Marina. À vrai dire, cela n'a rien de     surprenant, ni de  condamnable. Et c'est éventuellement plus prudent.

« Lors de chaque élection, je sais que l'on organise pour moi des      sacrifices d'animaux. Je laisse faire », reconnaît un responsable      politique. Plus marquant encore, la méfiance au sein du marigot. Certains      caciques auraient des pouvoirs occultes. Un nom revient régulièrement...      mais il est difficile de violer le secret de la confession. « Une chose      est sûre, nous dînons très rarement les uns chez les autres », résume un     élu de haut rang. On comprend mieux la fragilité des alliances politiques      béninoises !

Cameroun : "Infection" au fond du couloir

Janvier 2005,     contre toute attente, le nouveau directeur général  s'est présenté pour la     passation de service. La veille, pourtant, un gros  chat blanc était tombé     du onzième étage du bâtiment et était reparti sans  une égratignure. Une     démonstration de force supposée de son prédécesseur.  Quelques mois plus     tôt, le responsable d'un groupe de travaux  publics avait exigé de changer     entièrement le mobilier de son bureau lors de  sa prise de fonctions. Idem     pour ce nouveau patron de la police : le « sortant » avait placé un crâne     bien en évidence dans le  bureau...

Circonscrits dans les années 1970 et 1980     aux zones rurales,  les faits de sorcellerie, supposés ou réels, sont de     plus en plus librement  évoqués dans les administrations et les grandes     entreprises camerounaises, où la guerre des postes fait rage. Mais cette     « immunisation » des bureaux concerne également les ministères, où  elle     serait systématique. Ces pratiques ont aussi cours  au palais d'Etoudi,     selon un habitué des lieux qui cite notamment le  secrétariat général de la     présidence et la passation de pouvoirs entre les  présidents Ahidjo et     Biya.

Pour l'anthropologue François Bingono Bingono, qui se présente comme     « crypto-communicologue », la sorcellerie s'est démocratisée. « Personne     ne veut se laisser surprendre. Chaque fois qu'une personne  est appelée à     de nouvelles fonctions, elle s'entoure d'un maximum de  précautions. Ne pas     le faire revient à s'exposer à un risque d'"infection"  par l'evu     [« sorcellerie », en langue bétie, NDLR]. On part du  principe que celui     qui s'en va a laissé des fétiches destinés à asseoir sa  propre puissance     ou à le protéger », explique-t-il.

François Bingono Bingono, qui apprécie     par « autodérision » d'être appelé « sorcier », a sa petite idée sur cette     mode des  actes de purification. « Les Africains prétendument cartésiens     ont  intégré des confréries, des loges maçonniques et des cercles     exotériques  fréquentés par les Occidentaux. Mais ils se sont vite heurtés     au sectarisme  de ces derniers et sont revenus aux fondamentaux pour leur     quête de  spiritualité. »

Côte d'Ivoire : à chacun son fétiche

Ce fut l'un     des premiers gestes des forces pro-Ouattara : détruire les  fétiches de     Laurent Gbagbo. Les jours suivant la capture de l'ex-chef d'État et de son     épouse Simone, le  11 avril, à la résidence présidentielle de Cocody, les     Abidjanais  ont vu les bulldozers démolir des monuments, notamment au     carrefour  Saint-Jean à Cocody, à L'Indénié, à Adjamé et à     Yopougon-Siporex. Selon la  presse nationale, les démolisseurs y ont trouvé     des écritures bibliques, des  statuettes, des ossements.

En Côte d'Ivoire,     les croyances sont tenaces. « C'est  enraciné en nous, explique le     journaliste Venance Konan. Nous avons presque  tous nos fétiches, mais     personne n'en parle. » À commencer par les  militaires. Les FRCI,     mercenaires burkinabè et chasseurs dozos, qui ont  aidé Alassane Ouattara à     prendre le pouvoir, sont munis de multiples  amulettes, bagues, talismans,     grigris et coquillages. Des fétiches  censés les protéger des balles et     leur assurer le succès sur le champ de  bataille. Durant la campagne     électorale, les deux camps ont également eu  recours aux rituels de     sacrifice des boeufs et des poulets.

Certains politiques ne peuvent rien     décider ni faire sans voir leur  féticheur. Félix Houphouët-Boigny, dans     les années 1950, envoyait  régulièrement un de ses émissaires, Lady Sidibe,     pour « consulter ». Cela arrivait notamment lorsqu'il avait une rencontre     importante comme avec le général de Gaulle. Si Henri Konan Bédié ne semble      pas y recourir, Laurent Gbagbo a demandé la protection mystique des      féticheurs de la région du Poro, dans le nord du pays. Mais on raconte     qu'en  novembre 2004, après l'attaque des Sukhoi de l'armée ivoirienne sur     la  base militaire française de Bouaké, les vieux sont sortis et ont jeté     un  sort aux avions de Gbagbo. Quelques instants plus tard, le président      français, Jacques Chirac, donnait l'instruction d'abattre les appareils.

Gabon : Le monde parallèle

Il a été vice-Premier ministre, président du     Conseil économique et  social, conseiller à la présidence... Louis-Gaston     Mayila, l'insubmersible  dignitaire du régime de l'ancien président     gabonais Omar Bongo Ondimba, a créé  la surprise en posant en tenue bwitie     en dernière page de L'Union, le  quotidien progouvernemental. Il ne s'est     jamais caché d'être un adepte de ce  rite ancestral controversé, hérité des     Pygmées, qui se caractérise par des  incantations, de la musique et des     danses très réglementées, sous l'autorité  d'un nganga, maître de cérémonie     et guérisseur. Cet avocat a même reconnu  danser avec la photo du président     Omar Bongo Ondimba.

Bwiti, vaudou, ndjobi... Ici, religions traditionnelles,     sociétés  secrètes et cercles initiatiques constituent un monde parallèle     dont les  liens avec les politiques sont à la fois complexes, étroits et     souvent  intéressés. Les adeptes se croisent aussi bien dans les temples      maçonniques à l'entrée desquels se bouscule l'élite, qu'à la cathédrale de     Libreville, où la bonne société communie le dimanche, comme si de rien      n'était...

À l'approche d'une échéance électorale, les parents tremblent     pour leurs  enfants. Des corps mutilés sont retrouvés sur les plages de     l'Estuaire, dans  la forêt de Nzeng Ayong, le quartier populaire de la     ville, ou sur la voie  ferrée de la banlieue industrielle d'Owendo. Selon     l'Association de lutte  contre les crimes rituels (ALCR), 28 enfants ont     été tués en 2011. Les  adultes aussi sont en danger. Selon les chiffres     rendus publics par cette  association, créée par Jean-Elvis Ebang Ondo,     dont le fils fut enlevé, tué  et mutilé en mars 2005, 20 femmes et 14     hommes ont été sacrifiés  l'année dernière. Entre janvier et mai de l'année     en cours, l'ALCR a  attribué 32 décès aux crimes rituels (10 enfants, 7     femmes, et 15  hommes).

Les organes les plus recherchés sont la langue, les     yeux, les oreilles et  le sexe, prélevés de préférence du vivant de la     victime, à en croire le  témoignage du féticheur Pierre Allogo, dans le     reportage « Les Organes  du pouvoir », diffusé dans l'émission L'Effet     papillon de la chaîne  Canal+ en avril dernier. « Plus la personne souffre,     plus le  bénéficiaire sera puissant », explique-t-il. L'impunité est     presque  garantie. Les victimes sont souvent choisies parmi les catégories     les plus  pauvres. Généralement, les crimes ne provoquent même pas la     saisine de la  justice. Lorsqu'elle est saisie, les magistrats sont piégés     par l'absence de  preuves.

Les croyances du Gabon sont bien souvent au     centre de la vie politique.  Ainsi, pour avoir prévu d'organiser un hommage     au député et président de  l'Union du peuple gabonais (UPG), Pierre     Mamboundou, décédé en  octobre 2011, le président de l'Assemblée nationale,     Guy Nzouba Ndama,  est-il accusé par des militants de l'UPG d'avoir voulu     « voler l'âme » du défunt. Des centaines de militants décident  d'empêcher     ce « forfait ». L'hommage des parlementaires n'a pas eu  lieu.

Mali : Satan     murmure à l'oreille des politiques

Pour l'état civil, il est Daouda     Yattara, né vers 1982, à Markala, dans  la région de Ségou. Mais pour le     commun des Maliens, il est « Satan », le plus grand féticheur  du pays,     aussi puissant que le diable lui-même. Un sobriquet qui ne déplaît  pas à     Yattara, bien au contraire. Il l'a inscrit en rouge sang sur le mur     d'enceinte de sa maison, gravé en lettres d'or sur sa Mercedes 500... Et      pour ceux qui n'auraient pas bien compris, il répète à l'envi : « Si Dieu     est en haut, moi, je suis ici ! »

Fils d'agriculteurs, ce féticheur     soutient qu'il est né avec ses  pouvoirs. Et que dès l'adolescence il est     parti en apprentissage chez des  féticheurs maliens et guinéens. Puis il     s'est installé à son compte, il y a  une quinzaine d'années. C'est avec une     grande fierté qu'il présente son  dernier trophée, un fétiche vaudou vieux     d'une centaine d'années, offert par  les grands prêtres de Ouidah, au     Bénin.

À Sitanèbougou (« le village de Satan », en bambara), sa résidence     située dans le quartier populaire de Sébénikoro, à l'ouest de Bamako, le      bureau de consultation ouvre trois jours par semaine. Les visites     commencent  dès les premières heures de la journée.

Mais, depuis quelque     temps, les compétences du féticheur se sont étendues  à un domaine qu'il     dit détester : la politique. « Je n'en ferai jamais,  déclare-t-il. Parce     que la politique, c'est le mensonge. » Il n'empêche  qu'il accepte     volontiers de consulter les fétiches, « quand il sent  quelque chose de     bien chez quelqu'un », explique Étienne Dembélé, l'un  de ses assistants.     Députés, chefs de parti, ministres, directeurs  d'administration... Ils se     dépouillent volontiers de leur titre - et de leur  prestige - pour se     soumettre aux exigences du sorcier. « Ils viennent  de partout, ajoute     Étienne Dembélé. Mali, Côte d'Ivoire, Burkina Faso,  Gabon, Cameroun... »     « Je reçois des chefs de guerre aussi, confie  Yattara. Ils viennent se     préparer pour les combats. » Bagues  d'invisibilité et invincibilité aux     balles sont les demandes les plus  fréquentes. Des « traitements » pour     lesquels il vaut mieux  s'installer quelque temps chez le féticheur, dont     la maison d'un étage a  suffisamment de place pour accueillir une quinzaine     de « patients ». Sur demande des fétiches, boeufs, boucs, poulets ou  chiens     sont immolés au cours de cérémonies parfois spectaculaires.  Demandent-ils     des sacrifices humains ? « J'ai plus d'une soixantaine de  fétiches, dont     certains sont très vieux, élude Yattara. Et puis, ce ne sont  pas des     choses dont on parle au téléphone... » Hors de question non  plus d'obtenir     des noms. « C'est l'un des grands principes de mon  métier, ne jamais     livrer les secrets des gens, déclare-t-il. Ils me  connaissent, je les     connais, ça suffit ! »

En mars 2012 cependant, la presse sénégalaise avait     largement  commenté son séjour à Dakar, entre les deux tours de la     présidentielle. Le  féticheur, lui, se contente de dire qu'il se rend     souvent dans la capitale  sénégalaise, « où il compte beaucoup d'amis ».

Combien coûtent ses services ? « Rien. Il suffit de faire un don, en      fonction de ses possibilités », dit-il, en précisant toutefois qu'il ne      vaut mieux pas le rétribuer en deçà de ses moyens financiers. « Je peux      toujours annuler mon travail... »

Pas de tarifs fixes, donc. Mais s'il     suffisait d'évaluer la puissance  d'un marabout à son train de vie, Daouda     Yattara serait sans aucun doute le  meilleur. Son parc automobile compte     une demi-douzaine de voitures. Fin  juin, il terminera la construction du     premier étage de Sitanèbougou, sa  résidence principale, tandis qu'une     deuxième maison est en cours de  construction quelque part à Bamako. Et     bien qu'il refuse de dresser une  liste complète de ses biens, Yattara     avoue qu'il n'a pas à se plaindre : « Une chose est sûre : aujourd'hui, je     peux vivre sans travailler  jusqu'à ma mort. »

Sénégal : Maraboutisme     dévoyé

Corniche ouest de Dakar, février dernier. Maodo Malick Pouye, un     garçon de  6 ans, a été retrouvé égorgé, le corps lacéré, le visage     défiguré. Les  premiers éléments de l'enquête privilégient la thèse du     sacrifice humain. La  famille de la victime également. « Le corps de Maodo     était  méconnaissable avec un gros trou dans le dos, des traces de couteau     visibles  sur son visage », précise Ndèye Michel, la tante du défunt, la     voix  étouffée par les sanglots. La méthode est connue des initiés. D'après     Oulèye  Diaw, une « voyante », « les organes humains, surtout ceux des     enfants, sont utilisés  dans des rituels de sorcellerie ».

Pour la famille     du jeune Maodo, ce n'est pas un hasard si la tragédie  s'est produite     dix-huit jours avant le premier tour de l'élection  présidentielle du     26 février. Autre découverte macabre en mars dernier,  à seulement deux     semaines du second tour : un corps amputé de ses membres  inférieurs et de     sa main gauche laissé à l'abandon sur une plage de  Guédiawaye, en banlieue     de Dakar.

La recherche discrète d'organes humains pour des rituels     mystiques se  poursuit jusque dans les hôpitaux. « On nous demande souvent     des  prépuces d'enfants circoncis, du placenta, des têtes de bébés mort-nés      moyennant une forte somme d'argent », confie un infirmier qui officie dans     un grand hôpital de Dakar.

Le fétichisme et la sorcellerie sont à     différencier du « maraboutage », très répandu au Sénégal. « On ne réclame     pas d'organes humains », précise le président des  jeunes marabouts du     Sénégal, Sérigne Modou Bousso Dieng. « Les  pratiques occultes sont     interdites par l'islam et, contrairement à la  sorcellerie, le maraboutage     se fait sur la base du Coran », ajoute-t-il

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