Des incidents ont éclaté hier soir à
Grenoble
après la mort d’un jeune braqueur
tué la
nuit précédente lors d’un échange
de tirs
en pleine rue avec la police, à
l’issue
du braquage d’un casino.
Agé de 27 ans, Karim Boudouda,
déjà condamné trois fois aux
assises
pour vol à main armée, a trouvé la
mort
dans la course-poursuite qui a suivi sa
fuite du casino d’Uriage-les-Bains,
près de Grenoble.
Avec son complice, il s’était fait
remettre,
sous la menace d’armes lourdes,
le contenu de la caisse alors
que l’établissement était bondé.
A l’entrée de Grenoble, un premier
échange de tirs a eu lieu avec
une voiture de police, blessant
légèrement un adjoint de sécurité
brûlé par une balle qui lui a frôlé
les lèvres.
La course-poursuite s’est alors
poursuivie avec des policiers
de la Bac vers le quartier
populaire
de la Villeneuve, d’où est originaire
Karim Boudouda.
« Les malfaiteurs ont arrêté leur
véhicule, le conducteur et le
passager
sont sortis. Ils ont ouvert le feu à
au moins trois reprises vers les
policiers », a déclaré le procureur
de la République de Grenoble,
Jean Philippe.
« Les policiers de la Bac ont alors
riposté, l’un de l’intérieur du
véhicule
avec un fusil à pompe et l’autre
de l’extérieur », touchant Karim
Boudada
à la tête, a-t-il précisé, évoquant
la « légitime défense ».
L’autopsie aura lieu aujourd’hui.
Les enquêteurs, qui connaissent
bien l’entourage du second
homme,
restaient hier à sa recherche.
Les policiers ont retrouvé
« une partie », voire
« la totalité du butin »
(entre 20 et 40 000€) dans un sac
à l’arrière du véhicule des
malfaiteurs.
Il s’agissait du troisième braquage
de
casinos de groupes français
dans la région Rhône-Alpes et
en Suisse voisine depuis quelques
mois après celui, le 28 mars,
du casino
de Bâle et celui du
casino
« Le Pharaon » à Lyon le 4 avril.
Face à une recrudescence de
violences
dans la région depuis plusieurs
mois,
le secrétaire départemental
du syndicat SGP-FO, Daniel
Chomette
a réclamé des « effectifs
supplémentaires ». Enfin
le député-maire PS de la ville,
Michel Destot, a de nouveau
réclamé la tenue d’un
« Grenelle de la Sécurité urbaine
afin qu’une stratégie commune
soit élaborée, notamment en terme
d’affectation de moyens ».
Pour éviter tout incident,
un renfort de 60 CRS a été
déployé
dans la soirée à proximité du
quartier
populaire de la Villeneuve, d’où
était
originaire le braqueur et où la
tension
est montée dans les heures ayant
suivi
l’incident. La soirée avait débuté
plutôt
calmement jusqu’à une prière au
mort
récitée par un imam, écouté en
silence
par une cinquantaine de jeunes
rassemblés dans un parc.
Non loin de là, des lacrymogènes
ont été tirés vers 23h30
et une dizaine de voitures de CRS
et de la BAC se sont alors déplacés
toutes sirènes hurlantes.
Un départ de feu a aussi été
déclenché
devant un tramway, dont une vitre
a été brisée par un homme à
coups
de batte. Les voyageurs et le
conducteur,
choqués, sont sortis visiblement
sans blessures.
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Les 6, 7 et 8 décembre 2004, s’est déroulé dans la cour d’assises du tribunal de Grenoble, le procès de trois jeunes de la Villeneuve (cité de Grenoble). Nadir Abane, Karim Boudouda (tous deux défendus par le bâtonnier Denis Dreyfus) et Claudio Donoso (défendu par Maître Ripert) comparaissaient suite au braquage, le matin du 2 avril 2002, de la Société Générale de Seyssinet-Pariset. Karim Boudouda, acquitté à l’issue de ce procès, comparaitra cependant pour quatre autres vols à main armée commis sur Grenoble la même année (en 2002). A suivre autour du 20 février 2005... Claudio Donoso a été condamné à quatre ans ferme (plus un an de sursis) et Nadir Abane à six ans ferme. Tous deux sont incarcérés depuis avril 2002, ce qui laisse un espoir de proche libération conditionnelle pour Claudio Donoso. Ce qui nous aura le plus marqué durant ce procès n’a pas grand chose à voir avec ce que relate plus ou moins factuellement et spectaculairement Claire Sirand dans son article "Un casse à la voiture-bélier pour mille euros" dans le Dauphiné Libéré du 7 décembre 2004 : "Il y a eu "un grand bruit, comme une explosion". La Ford Escort, en marche arrière, a fracassé la vitrine de l’agence de la Société Générale de Seyssinet-Pariset - à l’angle de la rue de la Paix et de l’avenue de la République - écrasant les cloisons vitrées d’un couloir et d’un bureau (...). Tout ça pour... "mille euros, pas plus, dont une liasse-piège, billets photocopiés, numéros relevés. Le bon réflexe citoyen qui permet à la justice bourgeoise de sévir. C’est aussi ça, le citoyennisme. Un simple numéro d’immatriculation noté sur un bout de papier par une passante, à tout hasard... "La Clio appartenait à un Grenoblois dont le frère, Claudio Donoso, 23 ans, intéressait très vite les enquêteurs". C’est en suivant cette piste, écoutes téléphoniques à l’appui (Nadir Abane et Claudio Donoso étaient déjà sous écoute policière avant le braquage), que les flics ont fini par arrêter les trois mecs de la Villeneuve. Claudio Donoso, interpellé dès le 3 avril 2002, "reconnaissait sa participation aux faits, en affirmant que lui-même n’avait fait que le guet". Il n’a pas balancé ses collègues de braquage. Mais suite à une perquisition au domicile de la famille Abane, des billets de la liasse piégée on été retrouvés, Nadir Abane s’est retrouvé inculpé lui aussi. Des empreintes digitales et son ADN (sur des poils ou bouts de cheveux retrouvés dans la voiture !) ont été reconnues dans la Clio bleue... Karim Boudouda, interpellé dans le cadre d’une autre affaire en janvier 2003, contestait toute participation aux faits. Il a bien été acquitté, contrairement à Nadir Abane, qui au départ niait avoir participé à ce braquage (jusqu’au deuxième jour du procès). Au-delà des faits, au-delà de la culpabilité ou non des inculpés, je retiendrai l’ahurissante collaboration pratique des travailleurs sociaux avec la Justice. Suivis dans leur enfance par des assistants sociaux de quartier, les jeunes voient une partie de leur enfance et de leur adolescence décrite dans des détails étonnants par des fonctionnaires dont le rôle d’assistant-e-s sociaux/sociales se résume en un contrôle assidu des méfaits commis par les jeunes qu’ils "suivent" ou "surveillent"... Qu’ils en disent du "bien" ou du "mal", ce qui ets clair, c’est que le contrôle est bien effectué. Les classes dangereuses doivent être surveillées, on en a eu ici la démonstration. Puis punies, bien entendu. Chaque témoin qui s’exprime est assailli de questions et de remarques moralisatrices de la part du substitut général (ou "avocat général", une espèce de procureur harceleur, disons). Même les experts-psychiatres qui viennent donner à la barre leur "jugement" de tel ou tel accusé sont malmenés par le substitut général (M. Azema), qui cherche toujours à enfoncer les accusés dans leur faute, leur responsabilité "individuelle". Arrogant, grande gueule, méprisant, moralisateur (souvent bien au-delà des textes de loi), le substitut général marque son pouvoir et sa posture de puissance étatique (représentant le ministère public) de façon claire. Voici quelques extraits des paroles lancées par M. Azema, substitut général : - Convaincu que les accusés sont avant tout "stupides", il s’explique : "Quand on ne peut pas penser, on est dans l’action". Autrement, qui agit ne pense pas. Et qui pense n’agit pas. Jolie démonstration de l’idéologie du statu-quo. Si quelqu’un a l’occasion de le croiser, faudrait lui parler de l’idée de "praxis", mais nous craignons que ce ne soit peine perdue. Ce que cet homme veut avant tout, c’est le respect de l’ordre établi (comprendre "la soumission à l’ordre établi"). - S’adressant aux accusés, il dit "Vous savez très bien ce qui est BIEN, et ce qui est MAL", démontrant ici pleinement qu’il est là pour la Morale (en l’occurrence toute judéo-chrétienne) bien plus que pour la Loi. Le Bien et le Mal, il faudra quand même nous expliquer ce que c’est. Peut-être devrions-nous nous adresser à Deubeuliou Bush ? - Résumant schématiquement et efficacement le rôle implacable de la Justice, il assène : "Transgression = sanction". Y’a pas à se poser de questions sur les conditions d’existence des un-e-s et des autres. C’est comme ça et c’est tout. En plus, c’est "mal", alors y’a pas à chipoter, hein. - Quand aux objectifs des sanctions, le substitut général le dit lui-même, sans s’apercevoir de ce que cela implique en termes de contradictions quant à son rôle social : "l’objectif Réinsertion de la loi prête souvent à sourire". Mais alors, l’enfermement, la prison, tout ça, ça sert à quoi ? Si même les représentants de la Justice disent eux-mêmes (à demi-mots, certes) que tout cela ne sert à rien, alors qu’est-ce qu’on fait dans cette mascarde ? On laisse les gens dans leur propre merde, on la fait manger à celles et ceux qui essaient d’en sortir sans se soumettre aux hiérarchies sociales ? |