La tragi-comédie dont nous sommes les spectateurs tour-à-tour stupéfaits, scandalisés, amusés, choqués, j’en passe, a bien réparti les rôles. D’un côté, des gens simples et honnêtes comme par exemple Madame Demongeot sur LCP, posant des questions à leur image. De l’autre, une basse-cour soudain en panique à la vue du renard malencontreusement introduit dans son enclos jusque là bien gardé.
Il faut les voir crapoter, ces jocrisses, caquetant et cancanant, piaillant et jouant des ergots pour foncer vers la sortie de ce qui tout-à-coup se met à ressembler bigrement à un piège. Duvets et plumes volent dans une cacophonie en comparaison de laquelle la musique déstructurée d’un Xénakis prend des accents mozartiens. Je dois avouer qu’à écouter cette étrangeté que nul chef d’orchestre ne semble en mesure de pouvoir mettre en ordre, c’est plutôt le fou-rire qui me vient d’abord. L’intrusion du poulet, du bouvillon, du tendre agneau et de la gazelle importée dans la campagne présidentielle française est un coup de génie des auteurs de cette farce.
J’aime bien me référer à Feydeau. Comme dans ses folies théâtrales menées à cent à l’heure, nous voyons s’ouvrir les placards d’où sortent des gens en caleçon, d’autres sabre à la main et cocufiés autant qu’on peut l’être courant sus à des suborneurs pressés de déguerpir. Des barbons anxieux d’avoir à afficher leur compte en banque tentent de fourguer leur fille à des envoyés du Ministère lesquels, ayant compris l’intrigue et tremblant pour leur avancement, se planquent sous leur bureau en attendant la trente-cinquième heure et le départ en week-end vers ces belles campagnes où cloches de vaches et clochettes de chèvres rythment si aimablement le temps enfin arrêté.
Ce foutoir mis en scène par un Jacques Tati serait purement divertissant s’il ne recouvrait une réalité moins branquignolesque. Il faut avoir l’incommensurable mauvaise foi d’un Mélenchon, d’un Todd ou d’un Attali pour refuser de voir que l’Islam, avec son entrisme, ses manœuvres, son art de la dissimulation et son goût pour la zizanie chez les autres, est au départ de ce qui peu à peu devient un cauchemar pimenté à l’acide.
Car c’est bien de lui qu’il s’agit, dès lors qu’il a réussi à bordéliser le pan le plus traditionnel, le plus gaulois, le plus ancré dans la tradition alimentaire de notre pays : l’élevage et sa viande. Blonde d’Aquitaine et mouton du Causse, poularde de Bresse ou percheron, tous sont désormais suspects de nous balancer du colibacille dans le flot sanguin sous pression de la bête tournée vers La Mecque. Chapeau les Imams! Les Allemands nous barbotaient les charolaises par trains entiers. Vous êtes en passe de nous les rendre inconsommables sur place. Dans le genre effet collatéral de vos offensives, c’est du grand art, et les végétariens subitement alertés voteront des deux mains pour vos futurs députés.
Dans un geste coutumier de soumission au politiquement correct, la classe médiatique, spécialiste du serrage des couvercles sur les cocottes-minutes, cherche désespérément dans ses tiroirs le texte que cette fois, on ne lui a pas donné à réciter par coeur. Panique aussi dans ce poulailler-là. C’est que l’affaire prend des proportions insoupçonnées et la pantalonnade débridée les allures d’un déballage familial à la Strindberg. Le rire s’efface et la grimace paraît. Je considère qu’à force de considérer la désinformation comme le dernier avatar de la démocratie, elle mérite, cette armée du conformisme le plus aplati, le malaise au fond duquel elle transpire en attendant SOS-Médecins.
Restera heureusement le cochon, chez qui, de la narine au tortillon caudal, tout se mange hors des préceptes mahométans. Petit salé, boudin aux deux pommes, lardons et rôtis. Les Bretons sont des petits veinards, mais il faut bien, n’est-ce pas, que le malheur des uns fasse, même un peu, le bonheur des autres.
Alain Dubos
Que s’est-il passé en un quart de siècle ? A la fois des changements dans l’économie française et le marché de la distribution et des crispations communautaires issues de la déréliction sociale.La question sociale, qu’irritent nos banlieues pauvres, jeunes, peuplées, et frappées par le chômage, est l’oeil du cyclone électoral. Mais les candidats à l’élection présidentielle ne savent ni n’osent la formuler explicitement. D’un côté, les cris d’orfraie, qui font de l’immigration et de l’islam la cause principielle des maux du vieux pays ; de l’autre, la politique de l’autruche, qui se réfugie dans le déni des cultures et occulte ce que les replis communautaires traduisent de la désintégration de notre société. […]
Au départ, il s’agit de modes de consommation qui s’inscrivent dans une revendication de pluralisme : on mange halal comme d’autres végétarien, bio ou cacher – et les entreprises de distribution ne s’y sont pas trompées, qui déclinent une gamme de produits halal dans les gondoles, friandes d’un marché estimé à 5 milliards d’euros. Mais celui-ci est rapidement investi par les acteurs politiques de l’islamisme, qui voient là une opportunité de contrôle communautaire et s’efforcent de radicaliser et d’exacerber le halal. Paradoxalement, alors que ces acteurs politiques islamistes sont très engagés dans l’antisionisme, c’est le rituel juif de l’abattage qui leur sert de modèle – dans une rivalité mimétique qui conduit à un alignement du halal le plus rigoriste sur le glatt cachère. […]