Lettre ouverte

ANNE CAZAL
JOURNALISTE-ECRIVAIN
BOITE POSTALE 28 – 31620 FRONTON
e-mail : anne.cazal@orange.fr


Monsieur Robert Ménard
Maire de BEZIERS

Monsieur le Maire,

Le 5 décembre 2014, vous avez annoncé votre intention de débaptiser la rue du 19 mars 1962 à Béziers pour la renommer : rue du Commandant Hélie Denoix de Saint Marc.

Le parcours de cet homme exceptionnel, qui me fit pendant de longues années la faveur de son amitié, justifie votre choix. Lors de son procès, il a magnifiquement démontré sa conception de l’honneur qu’il a su garder intact, alors que tant d’autres l’ont galvaudé, en affirmant à la barre : « On peut demander beaucoup à un soldat, en particulier de mourir, c’est son métier. On ne peut pas lui demander de tricher, de se dédire, de se contredire, de mentir, de se renier, de se parjurer ».

Que représente cette date du 19 mars 1962 sinon le reniement et le parjure ?

Ce n’est pas « le jour où les petits sont rentrés à la maison », comme m’a répondu, avec une légèreté déplorable, le Sénateur Alain Néri, initiateur de l’officialisation de cette date maudite, alors que je l’interpellais lors d’un congrès de Harkis, mais bien une capitulation impardonnable devant un ennemi terroriste vaincu sur le terrain, laquelle marquait le début des massacres de Français d’Algérie de toutes ethnies, et principalement ceux qu’on appelle les Harkis, tous abandonnés par un Chef d’Etat qui s’était renié et parjuré.

Soyez béni, Monsieur le Maire, pour cette saine décision car la date indécente du 19 mars, cette date sanglante, que depuis des décennies, on affiche sans pudeur et sans honte sur les murs de nos villes et villages, ne marque pas seulement l’extermination barbare de centaines de milliers de Français innocents, dont, au moins 150.000 soldats français d’origine musulmane, mais, de plus, celle de quelques centaines de jeunes appelés métropolitains, soi-disant prisonniers du FLN, qui n’ont jamais été rendus à la France et que nul n’a plus jamais revus.

Elle marque aussi le jour où toutes les valeurs de la Vème République Française ont été violées avec la complicité de ses plus hautes instances, puisque même le Conseil Constitutionnel, obéissant à un Chef d’Etat qui n’était, en réalité, qu’un dictateur criminel, a fermé les yeux sur le viol indéniable de la Constitution Française !

Donner un tel exemple à un peuple abusé, c’est le meilleur service que vous pouvez rendre à notre patrie, la France !
Le jour où cette plaque tombera, sur la ville de Béziers se lèvera une nouvelle aurore, celle de l’intégrité retrouvée !
Veuillez croire, Monsieur le Maire, à l’expression de ma gratitude et à mon soutien sans faille.

Anne CAZAL