• les commandos noirs

    « En cette année 2014,
    nous ne sommes plus
    qu’une trentaine de survivants 
    des “commandos noirs” »

     

    Entretien avec Alexis Arette, auteur de Bleu de noir. Chroniques d’Indochine

    (entretien recueillis par Fabrice Dutilleul, publié dans le quotidien Présent du 17 avril 2014)

     

    Dix sept ans après sa première édition, la réédition de Bleu de Noir relance le témoignage de cette guerre d’Indochine que vous avez faite aux avant-postes. Quelle a été l’évolution de vos sentiments vis-à-vis de la société ces dernières années.

    Je ne puis parler de déception, car j’ai toujours été très prévenu de la bêtise et de la lâcheté des hommes, lorsqu’ils n’acceptent pas l’effort de sortir de leur médiocrité. Mais voir des mouvements d’anciens combattants, comme l’UNC – dont je fus un temps Conseiller National – se « syndicaliser », jusqu’à pratiquement oublier l’esprit civique qui fut le notre, me révolte, mais aussi me maintient tel que je fus sur le front de la Rivière Noire ! Et puis, j’ai connu une grande joie : Quand, 60 ans après avoir reçu les miens, j’ai remis son galon de sergent à mon premier petit-fils, Alexandre, dans la cour d’honneur de Saint-Maixent, j’ai lu dans ses yeux que Bleu de noir n’était absolument pas mort ! Certes, en cette année 2014, nous ne sommes plus qu’une trentaine de survivants des « commandos noirs ». Mais le fait qu’il se trouve toujours une presse nationale qui ne renonce pas, et qu’il reste un éditeur, comme Philippe Randa, aussi obstiné que je le reste, me donne la certitude, que contrairement à ce que pense Jean Raspail « Les carottes ne sont pas cuites » et qu’au contraire, la réaction salutaire est proche !

     

    Par votre petit-fils, vous êtes donc en contact avec l’armée actuelle, devenue une armée de volontaires ; ce que vous fûtes. Quel jugement portez-vous sur ses missions, et sur son comportement ?

    Mes contacts avec l’armée n’ont jamais cessé. Et de jeunes parachutistes de l’ETAP dont je suis voisin venaient parfois venaient m’entretenir. Ils m’appelaient : « Le Père Arette », ce qui valait un titre ! Plusieurs de ceux-là ont péri dans le drame du « Drakkar », ce qui n’a pas amélioré mes sentiments vis-à-vis d’un régime incapable de les venger. J’ai un profond dégout pour cette classe politique, qui tout en ayant honte de notre identité profonde, fait tuer nos soldats pour des intérêts économiques qui ne sont pas les nôtres. Mais à l’heure ou un citoyen qui traitait le drapeau de « torche-cul » va entrer au Panthéon, par la volonté de nos cloportes politiques, nos soldats sont les derniers éléments qui nous restent de l’honneur français. Je reconnais qu’ils se battent bien, comme nous nous sommes battus. Et s’ils sont amers de voir les socialistes grignoter l’armée et la détruire, peut-être peut-on évoquer la fameuse phrase Romaine : « Varus ! Prend garde à la colère des légions ! »…

     

    Autrement dit, malgré l’effondrement de l’économie, les affaires qui montrent la malhonnêteté du personnel politique, le ventrouillage du régime devant les financiers qui mènent le monde, vous n’acceptez pas de désespérer ?

    On ne désespère pas tant qu’on a la force de s’indigner. Et comment ne pas s’indigner, quand un belliciste avec la peau des autres comme Fabius, peut faire l’éloge d’un Giap, dont les camps de concentration furent deux fois plus meurtriers que ceux d’Auschwitz !

    Mais en relisant Bleu de Noir, puisque la réédition m’en a donné l’occasion, je me rends compte que les dernières lignes du livre étaient en quelque sorte insurrectionnelles, et malgré que l’on dise que « seuls les imbéciles ne changent pas », je me suis trouvé heureux de n’avoir pas changé ! Péguy vivant la période d’une république qui tentait de tuer Dieu dans l’âme des Français, ne cessait d’espérer, car, disait-il « Il ne se peut pas que les Français soient lâches, mais ils ont oublié qu’ils étaient courageux ! » Alors, oui, je reste dans l’Espérance, et je ne souhaite qu’un destin à la réédition de Bleu de Noir, c’est qu’elle contribue à rendre aux Français, la mémoire des causes pour lesquelles il faut vivre, combattre et mourir.


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