• IL EST PLUS FORT QU' ADOLPHE

    Le discours-sermon de Mossoul : la naissance du califat mondial de l’Etat Islamique

    En date du 4 juillet 2014  (vendredi, 6 ramadan 1435), dans la grande mosquée de Mossoul en Irak, le masque du terroriste Abou Bakr al-Baghdadi est tombé. Cet homme, jusque là caché, dont la tête est mise à prix par les États-Unis pour 10 millions  de dollars, est au centre d’une vidéo enregistrée dans le grand édifice religieux de la ville qu’il a conquise. C’est une gifle pour le Renseignement américain qui connaît tous les recoins de l’Irak. Emprisonné par les Américains, il été connu pour sa dangerosité et des doutes persistent cependant sur les causes de sa libération.

    Plonger dans cette vidéo et dans son discours permet de comprendre le personnage. L’islam a trouvé un maître ès tartufferies.

    En ce jour qui fut son premier rendez-vous médiatisé peu après son auto-proclamation comme calife et Prince des croyants, sous le nom d’Ibrahim, al-Baghdadi a prononcé son prêche entouré de croyants choisis et avec une forte présence de combattants.

    Tout d’abord, aux premières images, on pense à Khomeiny à Neufle-le-Château, un homme barbu, avec turban et tunique noirs, habillé comme les premiers califes au 7e siècle. Il monte vers la chaire, avançant toujours le même pied. S’agit-il d’une séquelle d’une blessure ou est-ce par humilité ? Nous assistons à un spectacle, religieusement et politiquement austère, mais standardisé et bien minuté, avec comme préliminaire, un appel à la prière du muezzin. Le cadre est fixé. Le nouveau seigneur du lieu prend la parole. Sans note, sans se reprendre, pas même une seule fois. Il peut donner l’impression d’improviser son discours. Mais, dans l’islam, la mémorisation du Coran et des hadiths est telle qu’elle permet à celui qui est en chaire de lâcher sa mémoire et d’ébahir ses auditeurs par cette apparente érudition. Tel est le cas de ce néo-calife. C’est un ancien prêcheur de mosquée qui connaît bien la musique qui agit sur les cervelles de ses ouailles.

    En arrivant au minbar, il s’adresse aux croyants par un « Que la paix d’Allah, Son pardon et Sa bénédiction soient sur vous » et s’assoit quelques minutes pendant lesquelles, selon un geste de piété cher aux salafistes, il actionne sur ses dents son miswâk (sorte de cure-dents islamique).

    Puis il se lève pour lancer son prêche.

    Nous avons transcrit puis traduit pour vous le texte arabe. Nous avons retrouvé  la référence d’une quinzaine de versets, de quelques citations de hadiths et d’un emprunt au discours d’intronisation du 1er calife, Abou Bakr, en 632, à La Mecque.

    Al-Baghdadi, à Mossoul, le 4/07/2014

    Le texte du prêche peut vous paraître indigeste et rébarbatif. Néanmoins, nous avons tenu à vous le présenter tel quel car il montre que, dans la rhétorique islamique et dans les prêches, pour ne pas être contredit par un interlocuteur ou par l’auditoire, les imams ont recours à d’abondantes citations du Coran et de hadiths qui tiennent lieu de preuves irréfutables car censées être divines, (à défaut de preuves tangibles, sinon scientifiques). Il faut garantir sa crédibilité. Par ce type de prêche et grâce à une armada de fanatiques sanguinaires prêts à se sacrifier au combat, ce terroriste en chef de l’État Islamique  menace le monde entier et veut soumettre l’humanité à l’islam et à sa charia. Voici donc son discours, à lire entièrement et attentivement, pour mieux se prémunir des dangers à venir.

    Les références coraniques du discours

    « Louange à Allah. Nous Le louons. Nous Lui demandons secours et pardon. Nous invoquons Allah pour nous protéger de nos propres maux et de nos mauvaises actions.Celui qui est guidé par Allah ne s’égare pas. Celui qui veut tromper n’aura point de guide.

    J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, le Seul, qui n’a pas d’associé. J’atteste que Mohammad est son esclave et son messager. Qu’Allah, le Très-Haut, prie sur lui, sur sa famille, sur ses compagnons et leur envoie une grande paix. « Ô les croyants ! Craignez Allah comme Il doit être craint. Et ne mourez qu’en pleine soumission. (3 : 102) ».« Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et parlez avec droiture (33 :70). Afin qu’Il améliore vos actions et vous pardonne vos péchés. Quiconque obéit à Allah et à Son messager obtient certes une grande réussite (33 : 71) ».

    Le plus sincère discours est celui du Livre d’Allah. La meilleure guidance est celle de Mohammad (Qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix). « La pire des choses, ce sont les innovations, toute innovation est une hérésie, toute hérésie est une déviance et toute déviance mène au feu [de l’enfer] (1) ».

    « Ô les croyants! On vous a prescrit le jeûne [al-siyam] comme on l’a prescrit à ceux d’avant vous, ainsi atteindrez-vous la piété (3 : 183), pendant un nombre déterminé de jours […] (3 : 184] ».

    Et Allah a dit : « Le mois de ramadan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc quiconque d’entre vous est présent en ce mois, qu’il jeûne ! (2 : 185) ».

    Ô musulmans ! Atteindre ramadan est une grâce et une immense générosité d’Allah le Très-Haut. « C’est un mois dont le début est une miséricorde, le milieu un pardon et la fin un affranchissement des feux [de l’enfer] (2) ».

    D’après Abou Houreira (qu’Allah soit satisfait de lui), le Prophète (que la prière d’Allah soit sur lui et lui accorde la paix) a dit: « Celui qui jeûne la nuit du Destin, avec foi et en espérant la récompense, ses péchés précédents sont pardonnés et celui qui jeûne le ramadan avec foi et en espérant la récompense, ses péchés précédents sont pardonnés (3) ». « Quand vient le mois de ramadan, les portes du Paradis sont ouvertes, les portes de l’Enfer sont fermées et les diables sont enchaînés ». (4). Le mois du ramadan comporte une nuit, qui est meilleure que mille mois. Celui qui la manque se prive de tout le bien.« La nuit d’Al-Qadr (ليلة القدر) est meilleure que mille mois (97 : 3), durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre (97 : 4). Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube (97 : 5) ».« Toute nuit de ce mois est un affranchissement du feu (5)».

    Au cours de ce mois, l’appel au jihad est lancé. Le Prophète (que la prière d’Allah soit sur lui et lui accorde la paix) détermine les légions, enrôle les forces armées pour combattre les ennemis d’Allah et déclarer le jihad contre les associants. Profitez de ce grand mois pour Lui obéir, ô serviteurs d’Allah, car la gratification est doublée.  […] Que ceux qui la convoitent entrent en compétition [pour l'acquérir] (83 : 26) ».

    Ô musulmans, Allah, le Très-Haut, nous a créés pour le rendre Unique, pour l’adorer et établir Sa religion.Allah le Très-Haut a dit : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent (51 : 56) »Qu’Il soit béni et exalté, Il nous a intimé l’ordre de combattre ses ennemis et de mener le jihad [la guerre sainte] pour réaliser cela et instaurer la religion.

    Allah le Très-Haut a dit : « Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable (2 : 216) ». Et Allah le Très-Haut a dit : « Et combattez-les jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah […] (8 : 39) ».

    Ô gens, la religion est à Allah, qu’il soit béni et exalté. L’objectif, pour lequel Allah nous a créés, ne peut être instauré et réalisé que par le recours à l’arbitrage de la loi d’Allah, le recours à Lui et à l’application des châtiments. Cela ne peut se faire que par force et par autorité.

    Et Allah a dit : « Nous avons effectivement envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les gens établissent la justice. Et Nous avons fait descendre le fer, dans lequel il y a une force redoutable, aussi bien que des utilités pour les gens, et pour qu’Allah reconnaisse qui, dans l’Invisible, défendra Sa cause et celle de Ses Messagers. Certes, Allah est Fort et Puissant (57 : 25) ».

    Le corps du discours

    Voici le fondement de la religion : un livre qui guide et un glaive qui rend victorieux.

    A vos frères, les moujahidines, Allah a accordé victoire et expansion, Il les a fortifiés après de longues années de jihad, de patience, de lutte contre les ennemis d’Allah. Il les a renforcés pour concrétiser leur objectif. Ils se sont alors dépêchés de déclarer le califat [al-khilâphatetd’introniser un imam. C’est un devoir pour les musulmans, un devoir qui a été perdu pendant plusieurs siècles et a disparu concrètement de la terre et ainsi il a été ignoré par d’innombrables musulmans. Ceux qui ont commis la faute, les musulmans, en le faisant disparaître ou en l’occultant, doivent œuvrer toujours à l’instaurer.

    Grâce à Allah et à ce don, je suis affligé de cette charge immense. Je suis affligé de cette loyauté, d’une lourde loyauté. Je suis nommé votre suzerain alors que je ne suis pas meilleur que vous ni préférable à vous. Si vous me trouvez juste, aidez-moi, si j’ai tort, conseillez-moi et redressez ma voie. Obéissez-moi comme j’ai obéi à Allah à travers vous. Si je Lui désobéis, vous n’êtes plus obligés de m’obéir. Je ne vous ferai point de promesses comme le font les rois et les gouvernants envers leurs affidés et leur troupeau, des promesses de douceur, de tranquillité, de sécurité et de bien-être. Mais je vous promets ce qu’Allah, béni et exalté !, a promis à ses serviteurs : « Allah a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu’Il leur donnerait la descendance sur terre comme Il l’a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu’il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent rien et celui qui mécroit par la suite, ce sont ceux-là les pervers (24 : 55) ».

    Et le Très-Haut a dit : « Ne vous laissez pas abattre, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants (3 : 139) ». Et le Très-Haut a dit : « Si Allah vous donne Son secours, nul ne peut vous vaincre […] (3 : 160) ». Et le Très-Haut a dit : « […] etc’était Notre devoir de secourir les croyants (30 : 47) ». Et le Très-Haut a dit : « […] Or c’est à Allah qu’est la puissance ainsi qu’à Son messager et aux croyants. Mais les hypocrites ne le savent pas (63 : 8) ».

    C’est la promesse d’Allah. Si vous réclamez la promesse d’Allah, craignez Allah, obéissez Lui. Craignez le Grand Allah en toute chose et en toute circonstance. Respectez le droit et tenez-vous à Lui dans tout ce que vous aimez et dans tout ce que vous détestez. Si vous réclamez la promesse d’Allah, combattez sur Sa voie. Incitez les fidèles et patientez sur cette épreuve. Si vous saviez ce qu’il y a, dans le jihad, de gratification, d’honneur, de promotion et d’estime dans le monde et dans l’au-delà, personne d’entre vous ne serait resté assis ou absent du jihad. C’est le commerce indiqué par Allah et qui vous fait épargner la honte. Il y attache l’honneur dans les deux demeures (6). « Vous croyez en Allah et en Son messager et vous combattez avec vos biens et vos personnes dans le chemin d’Allah, et cela vous est bien meilleur, si vous saviez ! (61 : 11) ». « Il vous pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et dans des demeures agréables dans les jardins d’Eden (?). Voilà l’énorme succès (61 : 12), et Il vous accordera d’autres choses encore que vous aimez bien : un secours [venant] d’Allah et une victoire prochaine. Et Il annonce la bonne nouvelle aux croyants (61 : 13) ».

    J’ai terminé mon discours et je demande pardon à Allah pour moi et pour vous. Implorez Allah et vous serez sûrs d’être exaucés ».

    Son discours achevé, al-Baghdadin, après un intermède de chant religieux, quitte la chaire et va au devant des croyants, son regard orienté vers le sud (la kibla) pour adresser des incantations à Allah. Nous les passons sous silence pour ne pas alourdir l’article.

    Que peut-on tirer de ce discours ?

    Ce prêche du vendredi respecte les quatre étapes traditionnelles : les louanges à Allah, l’introduction, l’objet du prêche, qui est ici l’exhortation au jihad et à l’obéissance au calife, et enfin les incantations.

    Il faut remarquer qu’il n’y a aucune coïncidence dans la mise en scène de ce prêche. Tout y est minutieusement préparé. D’abord le choix du mois de ramadan : le ramadan est un des cinq piliers de l’islam. Il s’accompagne d’une forte poussée de religiosité. Le musulman est donc plus réceptif à l’appel au jihad, c’est donc ce mois particulier qu’il a choisi. Le choix du lieu, la grande mosquée d’une ville conquise, donne une solennité à l’exhortation et se situe dans la continuité du Prophète qui, de la mosquée à Médine, appelait au jihad. Il est habituel de réunir les combattants avec leurs armes dans les mosquées. Tous les appels au jihad dans les pays musulmans émanent de la mosquée. Toute révolte contre les dirigeants part des mosquées, attisée par des prêches enflammés d’imams plus politiques que religieux. C’est une preuve patente du lien charnel qui unit la mosquée et le jihad. Et internet, que beaucoup veulent considérer comme la première source de la radicalisation, n’est qu’un élément accessoire par rapport à l’influence néfaste majeure de l’enseignement religieux dispensé par les mosquées. En invoquant la primauté d’internet dans la radicalisation, la collabosphère cherche à exonérer l’islam et les mosquées de leurs liens indéfectibles avec le jihad. Voilà pourquoi l’islam en France s’acharne à vouloir augmenter le nombre de mosquées qui dépassera bientôt 3.000 dans l’hexagone.

    « Les mosquées sont nos casernes »

    À partir de la 17e minute de la vidéo, on voit le nouveau « calife » présider la prière et derrière lui le rang de ses acolytes barbus, silhouettes floutées, avec leurs armes (kalachnikovs et autres mitraillettes sophistiquées) adossées au mur de soutènement de l’escalier qui mène à la chaire. Qui peut avoir encore des doutes sur la présence d’armes dans les mosquées ? Al-Baghdadi est tellement sûr de lui qu’il étale, à la vue du monde, ses armes dans un lieu de culte.

    Quand les autorités occidentales comprendront-elles qu’il faut contrôler ceux et ce qu’abritent les mosquées ?

    Jusqu’à quand prêcherons-nous dans le désert ?

    Quel cataclysme devrons-nous attendre pour qu’il y ait enfin une réaction politique à la mesure du danger qui nous menace ?

    Al-Baghdadi rejoint Erdogan qui, en 1997, face aux médias avait récité un poème islamique : « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes nos casques et les croyants nos soldats ».Qui peut ne pas comprendre ce que cela signifie ? Il rejoint Boumediene qui, en 1974 déjà, dans un discours à l’ONU, disait : « Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour faire irruption dans l’hémisphère nord. Et certainement pas en amis. Car ils y feront irruption pour le conquérir. Et ils le conquerront en le peuplant de leurs fils. C’est le ventre de nos femmes qui nous offrira la victoire ».

    Certains en Occident minimisent l’impact de ce néo-califat d’Ibrahim en accordant à cette vidéo le label d’une simple manifestation médiatique. Il peut avoir une très grande portée. Peu de gens veulent reconnaître la dangerosité de cette « guerre sainte » lancée par l’islam pour conquérir le monde, « d’Est en Ouest » comme dit al-Baghdadi dans ses incantations finales, et soumettre le monde à Allah, à son calife et à ses moujahidines.

    Si nous continuons à ignorer cela, nous allons vers un suicide collectif. Le ver est dans le fruit et nos lendemains ne chanteront pas.

    Bernard Dick

     


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