• Et Si ?

    Et si ces gens-là étaient tout simplement plus courageux que d’autres ?

    Un jour du siècle dernier, alors qu’il évoquait l’attaché(e) de presse de Franz Schönhuber, ancien de la CDU-CSU et dont le mouvement Die Republikaner fit un temps partie d’un éphémère groupe FN au Parlement européen, Jean-Marie Le Pen eut ces mots en privé : « Même ces gens-là ont le droit d’aimer leur pays… » Il faut dire que l’attaché(e) de presse en question n’était jamais rien d’autre qu’un travesti, et pas spécialement du genre discret.

    Que dire de plus ? Si ce n’est qu’en ce moment, les « outing » vont bon train. Florian Philippot, donc. Dont tout le monde – c’est-à-dire le monde médiatique et celui des militants lepénistes – connaissait les orientations privées, avant qu’elles n’apparaissent en une de Closer. Pour être plus précis, Minute avait déjà assez bassement levé le lièvre. Et maintenant, buzz sur le buzz, l’arrivée au Rassemblement Bleu Marine de Sébastien Chenu, ancien secrétaire national de l’UMP et fondateur de GayLib, pour « homosexuels libéraux », semble-t-il. À ce titre et par les temps qui courent, le libéralisme paraît autrement plus mortifère que cette tendance visant à pratiquer les jeux de l’amour tout en inversant les rôles, comme le chanta si bien Georges Brassens dans ses « Trompettes de la renommée ». Du coup, polémique à tous les étages.

    À droite, l’indignation. Comment ? Des hommes aimant les hommes dans la droite nationaliste ! À ces jeunes pousses, on pourra rétorquer qu’ils y sont élevés en batterie depuis belle lurette. Chaque mouvance politique a eu droit à son quota ; celle-là fut plus que généreuse en la matière… Vous voulez des noms, connus ou pas ? On ne vous les donnera pas.

    À gauche ou à l’UMPS, c’est plus compliqué. Un Jean-Luc Romero qui fuit l’UMP parce que trop homophobe à son goût pour aller rejoindre le Parti socialiste ? C’est bien. Un Sébastien Chenu qui fait de même, mais pour demander asile politique au Front national ? C’est, comment dire… un brin désarçonnant pour le microcosme médiatique.

    Ça l’est tout autant pour certains militants lepénistes : ceux « d’extrême droite », pour employer ce détestable mot-valise, qui ne « reconnaissent » plus le mouvement dans lequel ils ont souvent fait leurs premières armes politiques. À ceux-là, rappelons que les « valeurs » qu’ils jugent aujourd’hui bafouées n’ont jamais fait partie de la feuille de route du Front national, « valeurs » consistant principalement en la défense de la nation et non point aux mœurs de tel ou tel, fussent-elles discrètes ou non.

    Pareillement, cela toussera sûrement chez d’autres militants, ceux de la Manif pour tous. À ces derniers, on pourra aussi objecter qu’ils n’ont jamais invité un membre du Front national lors de leurs innombrables tribunes, préférant y convier des membres de l’UMP les soutenant telle la corde le pendu, avant de défiler derrière Frigide Barjot qui s’annonçait fièrement comme « fille à pédés » – comprenez qu’elle peinait à les dénombrer dans son entourage de festivités nocturnes.

    Si, en France, l’activisme homosexuel ne représente qu’une infime minorité des homosexuels et les tenants de la Manif pour tous une impressionnante minorité de la population, Marine Le Pen, elle, paraît s’intéresser à la majorité du peuple français ; bref, fait de la politique.

    Il se trouve que deux homosexuels, l’un revendiqué et l’autre « outé », l’ont rejointe. Et si ces gens-là étaient tout simplement plus courageux que d’autres ?

     


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