• ça peut surprendre quelqu'un qui ne connait pas l'Afrique noire

    La petite noyée de Berck-sur-Mer : une offrande à Mami Wata ?

    AnonymeMamy-Wata-1978
    Le 3 décembre 2013
    Et si, quoi qu’on en dise, cet infanticide-là était à considérer sous l’angle culturel ?

    La maman de la petite fille retrouvée noyée sur la plage de Berck a été arrêtée, confondue par son ADN. C’est une Sénégalaise de 36 ans, pas en boubou et colifichets, non. Une jeune femme très« européanisée », vivant avec un compagnon de 33 ans son aîné, sculpteur. Elle est étudiante en philosophie. Coupée, nous dit-on, de sa famille : elle n’a pas vu son père depuis dix ans, ne sait pas en quelle lointaine ou proche contrée vit sa mère. Bref, « une intégration parfaitement réussie », si l’on considère la rupture culturelle comme un franchissement sans retour.

    Froidement, posément, Fabienne Kabou a donc pris le train avec son bébé, payé une chambre d’hôtel, passé une dernière nuit avec son enfant qu’elle a bercée, nourrie, emmitouflée chaudement avant d’aller la déposer sur une plage du nord à marée montante. Et tout aussi posément a laissé les vagues la rouler dans l’écume et le sable jusqu’à ce que mort s’ensuive. Alors elle est partie sans se retourner reprendre son train et sa vie d’avant.

    Tout le week-end, on a entendu les psys convoqués autour de la mère infanticide nous débiter leur habituel couplet. À quinze mois de vie, le déni de grossesse est dur à plaider, le blues post-partum également. Alors on brode : solitude, problèmes de couple… mais tous nous vantent les qualités de cette femme dont l’avocat assure qu’en tuant l’enfant, elle a accompli « un acte d’amour ». Décrivant cette femme « calme, très intelligente, cultivée, qui s’exprime très bien », elle ajoute « c’est un personnage hors du commun. Elle est dans une logique qui nous échappe, parallèle à la nôtre. C’est un personnage très particulier. »

    Mais encore ? C’est quoi, cette « logique parallèle », quoi, ce particularisme ?

    Dès la découverte de l’enfant noyée sur la plage, un proche ami qui a pas mal fréquenté l’Afrique et ses rituels a senti ses neurones s’agiter. Quand on nous a montré la photo de la jeune mère et déroulé le scénario, il a dit : « Ça, c’est une histoire de Mami Wata ! »

    Et s’il avait raison, et si, quoi qu’on en dise, cet infanticide-là était à considérer sous l’angle culturel ? Si, malgré l’intégration apparemment réussie, tout le freudisme de comptoir et le lacanisme de plateau TV étaient inopérants à expliquer ce meurtre parce qu’il est profondément ancré dans la culture d’origine de Fabienne Kabou ?

    Mami Wata (Mummy Water), la déesse-mère des eaux que craignent les pêcheurs, symbole de la mer nourricière et de l’océan destructeur, est une divinité éwé dont le culte est très présent sur la côte atlantique du Togo, mais aussi au Nigeria, au Cameroun, au Congo-Brazzaville comme au long du grand fleuve Sénégal. Partout, elle symbolise la puissance suprême, l’entité qu’on invoque pour réparer, obtenir, assouvir, restaurer la vie quand elle s’en va de travers.

    Dans notre monde qui prétend unifier les cultures au nom du vivre ensemble, chacun tricote en douce avec la sienne. Comme on y trouve Platon, Nietzsche, Freud ou Descartes, Internet nous offre mille recettes pour rencontrer Mami Wata. « On peut essayer de la contacter en offrant des présents à la mer. [...] Quand vous aurez terminé, sortez de l’eau et partez sans vous retourner vers la mer (en magie opérative, le fait de se retourner implique de se retourner vers le passé, donc vers les ennuis que vous êtes venu régler, et peut casser votre travail occulte). Si elle accepte votre approche, elle vous contactera par les rêves », nous dit-on.

    Comme d’autres accrochent un ex-voto à Notre-Dame-de-Bon-Secours, Fabienne Kabou a déposé son enfant sur la laisse de mer, si bien nommée. Elle a attendu que l’eau la prenne et puis s’en est allée. Sans se retourner…


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