• 2 POIDS : 2 MESURES

    Ce bon vieux Serge Dassault. Ça fait déjà quelques années qu’on le connaît, son nom nous parle, il est surdiplômé, a été maire de Corbeil-Essonnes de 1995 à 2009 et est devenu en 2004 sénateur de l’Essonne. Depuis quelques jours, on parle beaucoup de lui : le bureau du Sénat a rejeté, à nouveau, la demande de sa levée d’immunité parlementaire par la justice. Et comme on dit, jamais deux sans trois !

    C’est dans le luxurieux palais du Luxembourg que tout s’est déroulé. Sur les 26 membres du bureau du Sénat, 13 [soit un de plus que le groupe UMP-UDI-UC, celui dont provient Dassault] se sont opposés à la demande qui aurait permis aux magistrats du pôle financier de Paris de placer Serge Dassault en garde à vue et de perquisitionner ses locaux. Douze se sont prononcés pour, et un s’est abstenu. Tout cela au bulletin secret ! On nous parle d’une réunion « houleuse », où chacun a sûrement pu librement exposer ses arguments, où chacun a pu s’exprimer comme il le voulait. Quel bel exercice de démocratie au sein d’un lieu de pouvoir… sauf que, quelques heures plus tard, dans un article de L’Express, on apprend que les opposants à la levée de l’immunité en question n’ont pas voulu « condamner Dassault avant la justice ». C’est sympathique, la France démocratique et républicaine. Ces représentants du peuple disent aussi que « recourir aujourd’hui à une garde à vue n’est pas une nécessité ». Encore mieux : on sait maintenant que la séparation des pouvoirs n’est plus complètement effective, que certains sénateurs ne sont plus vraiment intègres et fidèles aux valeurs qui guident tout républicain, que l’oligarchie a encore frappé. Ce n’est pas un mythe, pour ceux qui en doutaient encore.

    Il serait bon de rappeler, à ce point, que Serge Dassault a déjà été condamné en Belgique à deux ans de prison avec sursis concernant l’affaire Agusta, une sombre histoire de corruption. Autant dire que monsieur n’est pas tout blanc. Ni tout noir non plus, on le sait. Mais si remettre en question une immunité parlementaire revient à porter atteinte à la présomption d’innocence comme le croient certains de nos représentants, n’est-ce pas une merveilleuse preuve des privilèges d’impunité inouïs dont disposent certains de nos élus ? Personne n’a hésité, pourtant, pour Marine Le Pen par exemple. Dassault est accusé, je le rappelle, de faits graves, à savoir l’achat de voix pour assurer la victoire de son successeur à Corbeil et, accessoirement, une affaire d’homicide commandité. Mais ça, tout le monde s’en moque, il fait bon vivre au palais du Luxembourg et on est bien entre oligarques.

    Cette opposition à la levée d’immunité parlementaire de leur bon copain Serge n’est donc ni plus ni moins qu’une obstruction à la justice. C’est valable pour lui, mais aussi pour tous les autres représentants qui en jouissent, car dans nos sociétés prétendument « démocratiquement évoluées », il serait peut-être temps d’abandonner les privilèges d’une petite classe politique qui s’entend très bien entre elle, aujourd’hui complètement déconnectée du peuple et qui ne ressent même plus le dégoût et la haine de ce même peuple pour l’élite. Il est temps d’en finir avec ces avantages insupportables, ces doigts d’honneur au peuple et à la société, et il serait peut-être temps de laisser la justice fonctionner. Mais vu ce qui se passe en ce moment, la justice, au fait, elle est encore juste ?

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :